Les supplices de Paris-psychogéographie de chair et de souffrances.

Au pied des gibets fleurissent les Mandragores

 

Combien de pendus n'ont pas fini de remuer à Paris et malgré l'abandon des anciennes Justices leurs membres roides en des danses macabres dont la musique désormais s'est perdue, avalée par le temps que le vent déchire?

Le Pendu: l'arcane XII du Tarot de Marseille qui fait brèche dans le jeu comme un aveu d'hérésie persistante, de balancement perpétuel; une question restée suspendue, sans réponse

Le Pendu

Dans les cartes anciennes de la ville du Paris datant du XVIème-XVIIème s., l'on retrouve et comme les signes d'une ponctuation discrète et obscure, sur certaines places et à certains carrefours la mention des potences et échelles de justice où les seigneuries diverses d'alors exposaient les pendus aux intempéries du temps et des regards.

Carte Paris

Des signes -presque typographiques- que l'on attribuerait volontiers aux caprices ornementaux des imprimeurs d'alors s'ils ne faisaient partie, à l'unisson des nombreux puits et calvaires, de l'écriture des blessures qui font une ville. Ses seuils, ses soifs, ses enfers. A l'instar des reliefs et de leurs dénivelés fantômes que la topographie et ses méthodes modernes n'avaient pas encore révélé en repentir des chairs souffrantes et de leurs expositions publiques.

Parce que Paris est encore et malgré la disparition-et parfois l'oubli- des blessures qui l'ont faite, une plaie vivante. Et une transmutation en cours.

Les corps des pendus ne se balancent plus comme dans la balade éponyme de François Villon qui résonne aujourd'hui comme le premier cri de la poésie lyrique française :

Corps pendus

"La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!"

Une poésie-blessure, une poésie-tombeau où le poète recueille les corps sans sépulture de ses amis de brigandage-fiers "frères de la Coquille", première monarchie criminelle auto-proclamée- et grâce à laquelle ils truandent encore à la mémoire le bénéfice de leurs souvenirs. Peut-être le boivent t-il à l'abri de toute licence...Au coeur du Paris d'où Villon ne tardera pas à s'exiler et disparaître pour ressurgir sur la scène plus desincarnée des mots qui restent, menue monnaie des soifs absoutes. Ils boivent: c'est certain, mais c'est l'ironie de l'histoire qui les rend ivres: une histoire qui les a gardés d'un présent qui les condamne.

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