Paris Sortilèges

Le langage secret de Paris dans les talismans de sa mémoire.

 

Le temps n'est pas linéaire- un enfant l'avouerait ! À Paris, secrètement, on le sait...
Le passé n'est pas souvenir: il est une persistance discrète, ferveur ininterrompue des Vestales qui veillent le sortilège du temps comme une étincelle fragile.
Magies du sommeil des mémoires qui vont, se superposant, sans jamais s'effacer complétement.
Envoûtements des dialogues discrets, presques imperceptibles des regards qui ont aimé, vécu, souffert dans Paris: qui, entre les pages des reliefs de la ville, vont, chuchotant.

Remonter l'histoire de Paris, c'est s'amarrer à l'origine immémoriale des premiers pêcheurs néolithiques qui se déplaçaient non loin de Bercy au IIIème millénaire av.J.C. sur des pirogues en bois dont on conserve les vestiges; c'est s'embarquer sur la nef des nautes dont l'image donna son blason à la ville, navire des premiers commerces qui nourrirent les échanges par voie fluviale; à l'époque des carrefours des paganismes : de leurs navigations incessantes, on conserve un vestige, le “pilier des Nautes”, pilier votif offert à la ville que le XVIIIème s. redécouvrit sous l'autel de Notre-Dame et comme une pierre angulaire enfouie de cette mémoire fossile que le temps endort.
À l'image des devotio romaines, oeuvres vouées aux Mânes souterraines de la ville, que l'on enterrait comme gage à la puissance magique de leur secours.

Remonter l'histoire de Paris c'est prendre le timon d'une Nef de Fous, de celles qui imagèrent la fin du XVème s. européen suivant les sillons d'écume du livre éponyme de Sébastien de Brant et qui poussèrent l'imaginaire à prendre le fleuve comme un théâtre. Où prendre la Seine à double sens.

Paris sortilèges

Paris est ce navire qui en contient mille et dont il tisse l'histoire comme une énigme, creusant la vague à marée basse, réouvrant l'intuition d'une issue secrète à ce que le temps fige.
À Paris “qui navigue jamais ne fait naufrage. De ses reliefs que le temps a tanné et avec la patience des ouvriers de feue la Bièvre, il ne reste parfois que des souvenirs, des images, des hantises et des vertiges. Discrets: presque invisibles.
Qui les aperçoit réouvre le temps comme une danse. Les gestes reviennent comme reflux, remontent le cours des rêves et étreignent la fulgurance du regard qui les traverse. Pour ensuite, venir se recroqueviller dans la pierre, le auvent, le décrottoir, le pavé, la gargouille: toutes ces armées de silences qui semblent arrêtées et taisent leurs sabbats.

                         

À Paris, la tradition ésotérique emprunte des voies semblables.
À la faveur de l'invisible, les fantômes s'animent pour qui se risque à se heurter à un imaginaire sensible, libéré des sortilèges de la pesanteur d'une mémoire fossile. Un sortilège, un exorcisme:  à double sens et comme un théâtre d'ombres et de merveilles.

Rendre à l'histoire de la ville l'écriture vivante des dialogues qui façonnent sa mémoire: voilà ce que proposent ces visites singulières de Paris comme autant de "Sortilèges" pour traverser le visible et émanciper la magie d'un invisible hors de saisie.

À Paris, c'est une langue volatile, silencieuse, subversive qui redresse à discrétion la mémoire occulte des reliefs, les songes endormis des façades, les vestiges discrets des blessures qui restent vivantes.
Le temps ne cicatrise jamais tout-à-fait.
Aussi, à la faveur d'un nom de rue disparu, de la persistance d'un angle, de la ferveur d'un dénivellé: c'est une géologie au coeur vivant qui se réveille.
Langue invisible, spiritueuse qu'aucune grammaire ne consigne mais dont Paris se fait grimoire.

Paris sortilèges

L'espace est la liberté de ceux qui voient : le temps est leur issue.